Abbaye de Tuffé

Abbaye de Tuffé
L'abbaye de Tuffé, c'est un ancien monastère bénédictin (7e-18e s.) devenu faïencerie au 19e s., un jardin à thèmes, un centre culturel de proximité et un point d'information touristique pour la région de Tuffé

Notice sur le moulin

Tuffé : moulin du bourg

La date de création du moulin du bourg de Tuffé n'est pas connue mais remonte sans doute au Moyen-âge : dans l'état actuel des recherches, sa plus ancienne mention date de 1527 . Il s'agit alors d'un moulin à draps dépendant du prieuré de Tuffé, peut-être complété par un moulin à tan.
Avant 1604, ces deux moulins ont été convertis en un moulin à blé, régulièrement mentionné comme partie intégrante du domaine du prieuré . En 1755, les moines font entièrement restaurer le moulin (réfection de la masse des roues, réfection des murs à la chaux et au « ciment », remplacement des 2 portes) et la maison du meunier (réfection des 2 cheminées des chambres basse et haute, réfection des plafonds avec remplacement de poutres et de soliveaux) .
En 1757, le moulin regroupe plusieurs bâtiments autour d'une cour ouverte sur la rue de l'Etang : à droite de la cour, le long du bief, le moulin proprement dit, de plan en L, comprend un premier corps de bâtiment à l'angle de la rue et du bief, refermant sans doute les roues, et un second corps en retour dans la cour. A gauche de la cour existent plusieurs bâtiments, dont, peut-être, la maison du meunier. Entre ces deux ensembles un passage mène vers les jardins.

Vers 1791-1792, le moulin est vendu comme Bien National, séparément de l'ancien prieuré.
Selon le plan cadastral de 1831, le moulin est toujours de plan en L mais est divisé différemment : un grand corps le long du bief et un corps en retour, joignant les bâtiments du côté ouest de la cour. Deux nouveaux bâtiments ont été construits depuis 1757, l'un contre le moulin, le long de la rue de l'Etang, l'autre en fond de parcelle, derrière les bâtiments anciens. Le moulin compte toujours 2 roues.

Vers 1858 , le moulin est entièrement remanié et peut-être surélevé : le corps en L fermant le fond de la cour est partiellement détruit, la partie subsistante est réunie au corps de bâtiment longeant le bief, l'ensemble des élévations donnant sur la cour et la rue de l'Etang sont unifiées, les aménagements intérieurs sont remaniés, ainsi, sans doute, que le mécanisme. Les transformations visent probablement à moderniser le moulin qui fonctionne désormais selon un système proche des minoteries modernes dites « à l'anglaise ».


De l'extérieur, le moulin semble une construction homogène de 1858. Les élévations sont rythmées par les travées formées par les alignements verticaux des baies, encadrées de pierre de taille et couvertes en plein cintre.
Ce type d'élévation est commun à de nombreux moulins de la même époque.
En 1873, ce moulin modernisé est exploité par Legout. Il est actionné par 2 roues de 4,10 m de diamètres et 1,15 m de large, d'une force estimée à 6 chevaux chacune, actionnant 2 paires de meules. L'usine comprend au rez-de-chaussée (étage de soubassement donnant sur la cour) les roues et engrenages ainsi qu'une écurie, au rez-de-chaussée (donnant sur la rue de l'Etang) les meules, ainsi que des greniers où est sans doute installée la bluterie. En 1878, le moulin est loué à Alexandre Grelé avec 4 ha de terres et de près . La date d'arrêt du moulin n'est, dans l'état actuel des recherches, pas connue. Il actionne jusqu'au milieu du XXe siècle une turbine électrique.
Conclusion :
Dans son état actuel, le bâtiment est largement tributaire des remaniements de 1858 (baies encadrées de pierre de taille et couvertes en plein cintre, enduits avec bandeaux de chaux aux angles). Toutefois, les aménagements hydraulique (étang de retenue, bief) sont ceux créés pour les moines, et l'emplacement du bâtiment coïncide exactement avec le moulin figuré sur les plans de 1757 et 1831, et par conséquent le gros œuvre de maçonnerie est sans doute pour une large part celui du moulin ancien : En particulier, la partie subsistante du corps de bâtiment en L qui fermait le fond de la cour, réuni en 1858 au moulin, se lit parfaitement dans le bâtiment actuel : l'ancien mur long-pan nord correspond au mur de refend visible entre les 3 et 4e travées de l'élévation sur cour, le mur long-pan sud est l'actuel mur-pignon sud du bâtiment, il conserve une fenêtre à encadrement de pierre de taille chanfreiné, peut-être du XVIe siècle, l'ancien mur pignon est, donnant sur le bief, forme une nette saillie dans le mur du moulin actuel.
 
Actuel mur de refend, ancien mur long-pan nord du corps de bâtiment en retour

 Fenêtre du mur-pignon sud (étage de soubassement). XVIe siècle ?

Les aménagements intérieurs sont ceux de 1858 (escalier, plusieurs huisseries, planchers avec trappes pour le passage des courroies de transmission), mais ils ont été très remaniés par la suite, notamment avec la conversion du bâtiment en logement. A l'étage de soubassement subsiste une petite partie du mécanisme de transmission de l'une des roues, datant peut-être du milieu du XIXe siècle mais sans doute remanié pour la production d’électricité. Une partie du sol est couverte d'un dallage en pierre peut-être plus ancien.
La maison bordant l'ouest de la cour n'a pas été vue. Elle est généralement identifiée comme la maison du meunier, deux cheminées anciennes au rez-de-chaussée et à l'étage, dont l'existence a été confirmée par témoignage oral, pourraient être celles construites en 1755. Les baies encadrées de pierre de taille ou de bois remontent sans doute au milieu du XVIIIe siècle (élévation rue de l'Etang) et à la première moitié du XIXe siècle (porte sur la cour?). Les enduits des élévations sur la cour et sur la rue de l'Etang, probablement du XIXe siècle, sont ornés de faux appareils de pierre de taille aux angles et de bandeaux horizontaux au niveau des fenêtres.

Les deux bâtiments construits entre 1757 et 1831 sont détruits. Les traces de 2 autres bâtiments construits après 1831 et détruit après 1972 sont visibles contre le mur-pignon sud du moulin (hangar) et contre l'élévation est de la « maison du meunier ».
Julien Hardy
Chargé d’Inventaire
Pays d’Art et d’Histoire du Perche Sarthois

De nombreux documents d'archives restent à étudier pour compléter la connaissance sur le moulin du Bourg. En particulier :
AD Sarthe, H 206 : 1624-1742. — Prieuré conventuel de N.-D. de Tuffé. — Domaines. — Baux des Moulins de Tuffé. 1624-1742.
AD Sarthe 4E 35/148 : bail général du prieuré de Tuffé 1767.
AD Sarthe 4E35/149 : visite et montrée du prieuré de Tuffé, 1768.
AD Sarthe 3P 370 / 27 : Cadastre de Tuffé. Etat de section (tableau indicatif des propriétés foncières, de leurs contenances et de leurs revenus). 1832.
AD Sarthe 3 P 370 / 28-29 : Cadastre de Tuffé. Matrice des propriétés foncières 1834-1913 28. Folios 1 à 480, avec table alphabétique générale des propriétaires pour les deux volumes 29. Folios 481 à la fin.
AD Sarthe 3 P 370 / 32-33 : Cadastre de Tuffé. Matrice des propriétés bâties 1882-1911 32. 1882-1911 33. 1911-1971


Le moulin, vu de ce qui était le "petit étang" de l'abbaye.


Ce qui subsiste de la machinerie du Moulin
(Partie visible)